lundi 10 octobre 2011

L'objet

Je n’écris pas vraiment en ce moment. Juste quelques comptines, juste comme ça, pour me faire la main. Le reste du temps, je me planque derrière mon ordinateur et cache ma honte à l’abri des illustrateurs qui attendent un texte de moi (pardon, ô pardon !). Et puis j’observe.

J’observe la Sardine : 7 mois ½, 2 dents sous la langue, 3 syllabes pour tout langage élaboré (dadada, gagaga, apouuuuu !), 4 cm de cheveux blonds… mais aussi 2 mains, 10 doigts, 2 yeux. Le tout grand ouverts sur chaque objet, chaque personne, chaque geste qui, à tout instant, portent la marque de l’extrême nouveauté. J’observe la Sardine un livre entre les mains. Livre : objet paralépipédique, rigide et épais, réunissant des pages qui se tournent. La Sardine remue le livre dans tous les sens, le fait tomber 36 fois, le tape 21 fois contre la tablette de sa chaise haute, le porte à sa bouche 52 fois. La Sardine, également, porte la bouche, puis les mains sur la surface du papier, essaie d’attraper du bout des doigts les personnages représentés, s’énerve parce que l’image résiste. La Sardine, aussi, attrape à pleine main une page, la froisse, s’amuse parce que ça fait du bruit et ne comprend pas le regard courroucé de Maman face à cette entreprise organisée de destruction massive. La Sardine, enfin, mange les pages colorées, qu’elles soient en plastique, en tissu ou en carton, et trouve ça encore plus rigolo que la purée orange qu’on étale à pleine main sur le joli corsage de Maman.

J’observe donc mon bébé découvrir le monde des livres. Et je suis étonnée de voir que pour le petit d’homme le livre n’existe d’abord que dans sa pure matérialité : objet rectangulaire et solide, qui a une existence, une dureté, une texture, une forme géométrique, quand bien même toute notion de géométrie et de mécanique solide est encore ignorée. Le livre est un objet – comme le doudou lapin, la cuillère à purée, les lunettes de Papicha ou la queue du chat. Et rien d’autre que cela. Pas encore passage transparent vers le rêve, passerelle vers l’imaginaire ou « miroir qu’on promène le long du chemin ». Et pourtant, bien qu’il ne soit pas encore le vecteur matériel vers le rêve et l’intangible, le livre, comme tout objet (la queue du chat y compris), rempli déjà sa fonction première : être le meilleur support vers la nouveauté et la découverte pour une vie qui n’est encore que nouveauté et découverte.

Pardonnez donc mon silence. J’observe entre les dix doigts et les dents de mon bébé l’objet matériel en train de se transformer petit à petit, au fil des mois, en supplément d’âme.
Guest star : Au lit, Anatole de Deborah Pinto
Un livre sonore à toucher
Milan Jeunesse, 2011



mardi 6 septembre 2011

Une rentrée sous la pluie !

Hum, ça sent la rentrée ! La rentrée des bébés, la rentrée des mamans... et puis la rentrée des jolis projets ! Ne vous désolez plus de la pluie d'automne et des jours tout gris qui s'annoncent : désormais, ces jours-là, vous aurez une lecture parfaitement appropriée : Au fond de la flaque, le projet Tandem de l'année dernière que j'avais écrit et que Leïla avait mis en images, devrait paraître d'ici la fin de l'année ! Ce sera chez Ebla et il y aura un petit format carré, de jolies couleurs bleutées et, en option, un parapluie !

De quoi nous faire tous aimer la pluie, non ?

lundi 22 août 2011

Funambule


"- Yuko, tu deviendras un poète accompli lorsque, dans ton écriture, tu intégreras les notions de peinture, de calligraphie, de musique et de danse. Et surtout lorsque tu maîtriseras l'art du funambule. Yuko se mit à sourire. Le maître n'avait pas oublié.
- Pourquoi l'art du funambule pourrait-il me servir ? Soseki posa sa main sur l'épaule du jeune homme, comme il l'avait déjà fait un mois plus tôt. - Pourquoi ? En vérité, le poète, le vrai poète, possède l'art du funambule. Ecrire, c'est avancer mot à mot sur un fil de beauté, le fil d'un poème, d'une oeuvre, d'une histoire couchée sur u un papier de soie. Ecrire, c'est avancer pas à pas, page après page, sur le chemin du livre. Le plus difficile, ce n'est pas de s'élever du sol et de tenir en équilibre, aidé du balancier de sa plume, sur le fil du langage. Ce n'est pas non plus d'aller tout droit, en une ligne continue parfois entrecoupée de vestiges aussi furtifs que la chute d'une virgule, ou que l'obstacle d'un point. Non, le plus difficile, pour un poète, c'est de rester continuellement sur ce fil qu'est l'écriture, de vire chaque heure de sa vie à hauteur du rêve, de ne jamais redescendre, ne serait-ce qu'un instant, de la corde de son imaginaire. En vérité, le plus difficile, c'est de devenir un funambule du verbe.

"Neige, Maxence Fermine, Arléa, pages 97-98.

lundi 15 août 2011

C'est le fun !

Allo les gens !

Je vous dis "allo", car je suis encore un peu l'esprit à mes vacances. J'étais dans un pays où les gens parlent curieusement : imaginez, ils disent "melon d'eau" au lieu de "pastèque", "breuvages" au lieu de "boissons", "carrosse" au lieu de "poussette" et s'exclament "c'est l'fun !" à tout bout de champs ! Hé oui, j'étais là :
Sauf que je n'ai pas reçu des coups de glace sur la tête, mais plutôt de coup de soleil sur la tête !
Je pourrai dire que voyager avec un bébé de 5 mois sous 35°C, j'ai testé... et qu'heureusement que j'avais encore un mois de vacances après pour récupérer !

Et à mon retour, j'avais des contrats d'auteur sous mon paillasson (oui, "des" !). C'est trop le fun, je vous le dis !

jeudi 7 juillet 2011

Comment c'était

La Japan Expo, c'était chouette !

Il y avait beaucoup beaucoup de monde, des jeunes filles avec des robes à volants et de grands enfants avec des mitraillettes d'un mètre de long, des mangas et des jeux vidéos, des Japonaises qui parlaient fort dans leur micro comme à la télé japonaise, des Narutos et des Candy à la pelle, une expo sur Astro Boy, des jolis tissus, tout plein de Totoros et de Chi en peluches...

... et puis il y avait aussi les gentils éditeurs de chez Nobi-Nobi avec leurs tee-shirts roses et leur bonne humeur, ainsi que des copines-auteurs à succès - Christelle et Alice...
... et puis Shiitake, l'illustratrice de Kaguya, princesse au clair de lune, venue spécialement du Japon et qui m'a fait une super dédicace !

Merci pour cette belle journée !

samedi 25 juin 2011

Japan dédicaces !

Bonjour les gens !


Cela fait plusieurs années que j'ai envie de me rendre à la Japan Expo. Mais à chaque fois, je me défile parce que (au choix) c'est trop loin / y fait trop chaud / y'aura trop de monde... Mais cette année, aucune mauvaise excuse pour ne pas y aller : je vais y faire des dédicaces pour L'oiseau rouge ! Chouette, chouette, chouette !

Venez donc m'y retrouver pour que je me sente moins seule !

Ce sera samedi 3 juillet, au parc des Expos de Villepinte :

- de 13h à 14h en salle des dédicaces 3

- de 16h à 18h sur le stand Nobi-Nobi.

A bientôt j'espère !

mercredi 1 juin 2011

Princesse Violette

C'est rigolo la vie de maman au foyer. Le biberon du matin devant les Maternelles, les petits bodies roses pleins de caca qui tournent dans la machine à laver et les balades de l'après-midi jusqu'au square, qu'il vente ou qu'il fasse canicule. Mais bon, une fois que bébé fait ses nuits, sait manger (à peu près) correctement et a (parfois) la décence d'attendre le soir l'arrivée de papa pour faire ses crises de larmes, on fait quoi ?
- Option 1 : se lamenter de n'avoir plus de vie sociale.
- Option 2 : devenir une vraie housewife et faire le ménage de fond en comble.
- Option 3 : reprendre ce qui nous plaisait dans sa vie d'avant.

Après avoir plongé dans l'option 1 et rejeté d'un bloc l'option 2 (non, mais, faut pas pousser quand même !), je me suis prise en main ce matin pour étudier avec sérieux l'option 3 !
Alors voilà l'organisation d'enfer de la maman écrivain :
- le transat installé tout près de l'ordi (pour écrire avec une main sur le ventre de bébé et l'autre sur le clavier)
- la tétine à portée de main (pour rendre le bébé bouche bée)
- le vieux cahier d'histoires (pour ressortir les idées oubliées)...


... et voilà, la Sardine et moi, on est lancées ! A raison d'un biberon toutes les trois heures, il faut écrire vite et ne pas laisser échapper le fil de ses idées... Mais on y croit, einh !

Alors pour la route, voici une petite histoire sans prétention, histoire de se faire la main...

Princesse Violette

Ce matin, Lucie s’est levée du pied droit. Elle a enfilé son pied gauche dans sa botte violette et a déposé sur sa tête une couronne violette en carton. Puis Lucie a pris un air inspiré et a déclaré avec solennité :

– Ne m’appelez plus Lucie, mais nommez-moi désormais Princesse Violette !

Voilà, c’est dit. Ainsi a parlé la princesse !

Sur la table du petit déjeuner, Maman a disposé le bol de Lucie et des biscottes aux fraises. Mais Lucie prend un air dégouté.

– Non, Madame, pas de chocolat au lait ! À son lever royal, Princesse Violette ne prend que du lait d’ânesse trait les soirs de pleine Lune !

Ainsi a parlé la princesse.

Maman sourit.

Dans la salle de bain, Maman tend à Lucie sa brosse à dents et le tube de dentifrice. Mais Lucie tourne la tête et rejette du bout des doigts le tube en plastique.

– Non, Madame, pas de brossage de dents ! Lors de sa toilette royale, Princesse Violette doit déposer du far à paillettes violet sur ses beaux yeux et oindre ses cheveux de parfum à la violette !

Ainsi a parlé la princesse.

Maman hausse les épaules.

Devant le placard de l’entrée, Maman tend à Lucie son gros manteau chaud, celui qui permet d’affronter la fraîcheur du matin. Mais Lucie laisse échapper le manteau de laine et attrape un chemisier en soie violette.

– Non, Madame, pas de veste noire ! Pour ses sorties royales, Princesse Violette ne sort jamais sans sa robe de bal, son diadème et son collier de perles !

Ainsi a parlé la princesse.

Maman soupire.

Devant la maison, Maman, qui s’impatiente, ouvre la portière de la voiture, jette le cartable sur la banquette et dit à Lucie : « Allez, grimpe ! » Mais Lucie prend un air choqué.

– Non, Madame, pas d’engin à moteur ! Pour ses balades royales, Princesse Violette ne se déplace qu’en carrosse tiré par sept chevaux blancs !

Ainsi a parlé la princesse.

Maman fait les gros yeux.

Puis Maman explose.

Et rugit.

Et tempête.

– Alors Lucie, si tu es Princesse Violette, moi je suis la Reine Mère. Et la Reine Mère voit rouge et va appeler le Roi Père qui va te faire une peur bleue ! Tu en verras de toutes les couleurs, ma fille, c’est moi qui te le dis !

Ainsi a parlé Maman.

Lucie soupire. De nos jours, la royauté n’est plus ce qu’elle était jadis. La fillette range dans son cartable son diadème violet, recouvre son corsage violet de son gros manteau chaud et regarde Maman en murmurant.

– Bon, d’accord, je veux bien faire ce que tu me demandes…

Lucie sourit, puis fait un clin d’œil :

– Je fais tout ça, parce que, peut-être qu’à l’école, il y aura le prince charmant ! Tu ne crois pas, Maman ?



vendredi 13 mai 2011

Unique

Lorsque j'étais enceinte de la Sardine, j'avais une envie obsessionnelle : non pas manger des fraises, mais écrire des histoires sur la grossesse et l'enfant qui grandit durant ces neuf mois d'attente. Oui, je le reconnais, je ne vais pas chercher bien loin l'inspiration parfois !

Au fur et à mesure que je déroulais ces histoires sur le papier, je me disais qu'un joli cadeau que je pourrais faire à la Sardine, ce serait de lui offrir l'une de ces histoires en livre. En vrai livre avec des illustrations qui se contemplent et des pages qui se tournent. Avec une dédicace toute trouvée, bien sûr. La veille de l'accouchement (oui, c'était bien tout juste la veille !), j'ai envoyé deux de ces textes à des maisons d'édition. Mais jusqu'à maintenant, je n'ai reçu que des réponses négatives... voire, essentiellement, pas de réponse du tout. (Grrrrrr....)

Certes, j'ai encore un peu de temps devant moi avant que la Sardine puisse se mettre à tenir un livre entre ses mains et en tourner les pages. Mais tout de même, je n'avais pas envie d'abandonner l'idée de ce cadeau. Alors, qu'à cela ne tienne, j'ai pris mon ordinateur, sélectionné quelques photos de ces neuf fameux mois et me suis connectée à un de ces sites de studio photo en ligne qui confectionnent des albums photos. J'ai repris ce texte, que je n'avais envoyé à aucun éditeur, l'ai retouché en ajoutant notamment quelques paragraphes plus personnels et en adaptant quelques phrases. Puis je l'ai mis en page.

Et voilà, maintenant cela donne un tout petit livre. Un livre qui n'existe qu'à un seul exemplaire, à mi-chemin entre l'album jeunesse et l'album photo. Un exemplaire unique pour une personne unique. J'aime cette idée. Pas vous ?

dimanche 17 avril 2011

En serpentant

Tout doucement, je commence à ressortir la machine à coudre. Oh, pas pour me lancer dans de grands projets ! Juste pour terminer ce que j'avais commencé il y a des semaines...

Voici donc le cousin de Serpentor :

Il a été réalisé avec de petites billes à l'intérieur, ce qui rend son long corps hyper souple.

Attention aux petits bébés qui auraient le malheur de croiser sa route !


jeudi 14 avril 2011

C'est le printemps dans le Jardin !

Pendant que je me la coule douce (c'est bien connu, les femmes au foyer se tournent les pouces !!), y'en a qui bossent ! C'est le cas de ma pote Estelle qui a ressorti les crayons de couleur (et pas seulement son crayon fétiche orange !), les a affûtés et a ressuscité les petits amis du gros matou du Jardin du secret !Je suis super contente de voir que ce projet reprend vie. Si tout va bien (Inch'Allah), vous pourrez lire l'histoire du chat du jardin dans un vrai livre début 2012... bouh, dans une éternité quoi !