
mardi 24 novembre 2009
Montreuil

dimanche 22 novembre 2009
L'attente
Un soir, j'ai confié l'idée à monsieur Moun. Je lui ai dit comme ça : "je voudrais écrire l'histoire d'une femme qui prend racine et se transforme en arbre". Monsieur Moun a rigolé. Il a dit : "ce n'est pas un sujet d'histoire, ça !"
Mais l'image était dans ma tête. Impossible de la chasser. Alors au fil des jours, j'ai laissé mon histoire germer. Sur le chemin du travail, dans le métro, le soir avant de m'endormir, j'ai arrosé mon idée. Et finalement une histoire a poussé. Histoire que j'ai laissé fleurir aujourd'hui sur le papier.
Voici un extrait de mon histoire, à peine descendue de son arbre :
[...]
Le jour, j’attendais la nuit. La nuit, j’attendais le matin. Hier, j’attendais aujourd’hui et aujourd’hui j’attendais demain. En hiver, j’attendais le printemps et au printemps j’attendais l’été. Lorsque j’étais triste, j’attendais d’être joyeuse, et lorsque la joie m’avait trouvée, j’attendais de la retrouver.
Toujours, j’attendais.
Assise devant l’horloge, je regardais le temps qui tournait. Les minutes, les heures, les jours, les semaines. Le temps passait et moi j’attendais.
Le temps creusait le coin de ma joue. Mais moi, j’attendais toujours.
L’hiver commençait à s’égarer dans mes cheveux noirs. Mais moi, j’attendais encore.
J’attendais tellement que forcément, un jour, c’est arrivé : j’ai pris racine. C’est arrivé comme ça, sans que je m’en aperçoive. Un jour, j’ai détourné mes yeux de la grande horloge et j’ai regardé mes pieds. Je ne les ai plus vus : ils avaient commencé à s’enfoncer dans la terre. J’ai passé la main dans mes cheveux. Mais ils étaient devenus forts et allongés comme des branches.
Au début, j’ai été surprise. Je suis devenue un arbre, me répétais-je, ce n’est pas si commun ! Mais en vérité, je n’avais pas le temps d’être étonnée. J’avais bien autre chose à faire : attendre.
Attendre plus que jamais.
Les semaines, les mois, les années. Mon arbre grandissait. J’avais confiance en lui et sa présence me rassurait.
À l’été, vert et généreux, mon arbre m’offrait ses fruits. Mon attente était gourmande. Je croquais dans les pommes de mon arbre et accrochais ses cerises jumelles à mes oreilles.
À l’automne, timide et mélancolique, mon arbre m’enveloppait de mille couleurs dorées. Mon attente s’effeuillait. Je regardais les branches de mon arbre dénuder sa tristesse et j’enroulais mon attente dans ses feuilles rouges et craquantes.
À l’hiver, seul et glacé, mon arbre m’apprenait à vieillir. Mon attente était sereine. Je m’accrochais aux branches nues de mon arbre et je balançais mon attente en regardant la neige tomber.
[...]
vendredi 20 novembre 2009
Du placard au grenier
... et puis aussi dans le grenier :
J'aime beaucoup les idées de Kaji pour animer la mise en page et donner vie aux malheurs de la petite Zoé !
Et puis, comme je suis frustrée, derrière mon écran, de ne pas pouvoir l'aider, Kaji a la gentillesse de me mettre à contribution. "Dis, qu'est-ce qu'on pourrait trouver dans le placard à balais ? et dans le grenier ?", me demande-t-elle. Alors, je vais faire un tour dans l'entrée et j'ouvre le placard pour faire la liste de tout notre désordre (la liste est longue, croyez-moi !). Et je vais fouiller dans ma mémoire retrouver le lointain souvenir du grenier de mes grands-parents pour en faire la liste du bric-à-brac poussiéreux.
Kaji, je ne sais pas si je t'aide beaucoup avec mes petites suggestions, mais en tout cas j'adore être ton assistante en idées !
dimanche 15 novembre 2009
La tête dans le sac
C'est ainsi que commence un album pour lequel j'ai eu un vrai coup de cœur : La tête dans le sac, de Marjorie Pourchet, sorti en 2004 aux Éditions du Rouergue.Marjorie Pourchet a signé à la fois le texte et les illustations. Le texte est plein de finesse, jouant avec poésie et humour avec les mots et les expressions figées. Les illustrations créent un monde décalé, fourmillant de petits détails qui viennent compléter le texte de façon parfois surprenante. J'aime ainsi beaucoup la deuxième double page avec tous les passants de la rue qui portent chacun leur monde bien à eux : "les autres, c'est tout un monde", nous dit cet album.
C'est un beau livre sur la timidité et le manque de confiance en soi, sur la conquête de soi et la rencontre avec les autres. En prenant au pied de la lettre une expression toute faite, l'auteur a créé une histoire tendre dont je me suis sentie proche immédiatement.
Peut-être est-ce parce que, parfois, je ressemble moi aussi à Adèle ?
- Sur l'auteur
Marjorie Pourchet
Editions du Rouergue
2004
vendredi 13 novembre 2009
Il y a...
Il y a les textes nés de rencontres avec des illustrateurs. Histoires mises en jolies mages. Histoires construites à deux, au fil des échanges et des allers-retours de mails. Bonheur d'une création qui n'est plus solitaire.
Il y a les textes qui n'existent pas encore et qui n'existeront peut-être jamais. Vague idée, incertain désir, né un soir d'insomnie et tourné et retourné dans ma tête pendant des jours, des mois - des années parfois.
Il y a les textes que j'ai écrits un jour et que j'ai vite oubliés. Textes méprisés à peine après être nés. Entassés dans le Grand Tiroir de l'Oubli.
Il y a le Grand Texte que j'écrirai un jour. J'espère. Un texte dont je serai fière. (Oui, l'espoir fait vivre).
Il y a les textes auxquels je crois. Et les textes auxquels d'autres que moi croient pour moi. Ce ne sont pas toujours les mêmes.
Il y a les textes que je dois écrire. Nécessité absolue, commandement intransigeant. Parce qu'il y a des choses qui doivent être dites et pas seulement vécues. Bien sûr.
...Et puis aussi il y a les textes que, bientôt, je pourrai tenir dans mes mains et que je verrai sur les étales d'une librairie. Ce sera en 2010 et, si tout se passe bien (je touche du bois), il devrait y en avoir au moins quatre (et je n'y crois pas encore).
Alors je tenais à remercier ce blog et tous ceux qui le lisent. Grâce à lui, grâce à vous, je donne chaque mois un peu plus de vie à mes textes, un peu plus d'images à mes projets, un peu plus d'espoir à mes idées. C'est déjà énorme.
Merci !
jeudi 12 novembre 2009
Petits poissons
Cette image, trouvée sur son blog, date de quelques mois... Pourtant, c'est étrange comme ce personnage pourrait ressembler au personnage de Brune, non ?
J'ai hâte de voir ce que Solenn va faire de mon texte !Un grand merci à Solenn et à tous les illustrateurs qui se sont proposés pour mon texte ! J'ai été très touchée de voir des personnes apprécier ce texte si particulier... et cela n'a pas été facile de choisir !
mercredi 4 novembre 2009
La sorcière du placard aux balais
Kaji vient de lui donner un visage - visage quelque peu terrifiant, comme il se doit bien sûr ! Vous tremblez, j'espère ! Moi, oui (et j'aime ça) !
En inventant le personnage de la "Sorcière du placard aux balais", j'avais dans un petit coin de ma tête le souvenir du génial conte de la rue Broca du génialissime Pierre Gripari. Les Contes de la rue Broca et ceux de la Folie Méricourt ont bercé mon enfance, avec toutes les histoires de Saïd, Bachir et monsieur Pierre. Encore aujourd'hui, lorsque je passe dans la rue Mouffetard, je regarde à droite et à gauche, presque étonnée de ne pas voir surgir d'un carrefour la fameuse sorcière de la rue Mouffetard !Le conte "La Sorcière du placard aux balais" est l'histoire d'une vilaine sorcière qui sort d'un placard quand on chantonne ces mots :
Prends gare à ton derrière !
L'histoire de Doudouche, illustrée par Kaji, n'a aucun rapport avec le conte de Gripari. Mais j'aime bien, comme ça, juste pour mon plaisir perso, les petits clins d'oeil en forme d'hommage !
PS : pour les nostalgiques, voici le dessin animé adapté à partir des images de Claude Lapointe... Mais je n'ai trouvé que la version espagnole, ce qui ajoute un peu d'exotisme à cette histoire parisienne !

