mercredi 29 octobre 2008

Doudou Chat

Doudou Chat est le le premier de tous les doudous sortis de mes machines. Doudou inaugural, son histoire a la forme d'un manifeste dans lequel on apprend le pourquoi du comment.
Doudou Chat a été fabriqué pour un très grand garçon qui n'a plus tout à fait l'âge de dormir avec des peluches. Monsieur Moun, petit mari de madame Moun, devait partir à l'autre bout du monde, sur un autre continent dans un autre hémisphère, pour travailler à des choses très sérieuses. Madame Moun a eu l'idée de lui confectionner un joli doudou d'homme d'affaires, juste pour ne pas que, si loin, le mari oublie son épouse...

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Le doudou pour mari

Un soir, monsieur Moun rentra de son travail le dos courbé et le regard triste. Madame Moun, à qui rien n’échappe, comprit tout de suite que quelque chose n’allait pas.
« Que se passe-t-il, Moun ? », interrogea-t-elle, l’air inquiet.
Monsieur Moun observa le bout de ses chaussures, comme pour trouver le courage d’annoncer la nouvelle à sa femme. « C’est que, expliqua-t-il d’une voix émue, je vais devoir partir très loin pendant très longtemps pour mon travail. » « Ah… », s’exclama madame Moun, sans oser interpréter les paroles de son mari. « Oui, désespéra monsieur Moun en prenant sa femme dans ses bras. Mon patron m’envoie en Afrique du Sud et je pars demain. Je vais être loin de toi pendant trois semaines ! » Un sanglot étouffé fit trembler les lèvres de monsieur Moun. Madame Moun serra plus fort son mari contre sa poitrine. Elle était triste, elle aussi, mais elle savait qu’elle devait avoir du courage pour deux.
Depuis qu’ils s’étaient rencontrés, il y a des années de cela, monsieur et madame Moun ne s’étaient jamais quittés plus de quelques heures et n’avaient jamais passé une seule soirée l’un sans l’autre. Chaque nuit, monsieur Moun plongeait son visage dans la longue chevelure de sa femme et c’est seulement prisonnier des fins liens de ses cheveux dorés qu’il arrivait à trouver le sommeil.
Comment monsieur Moun allait-il pouvoir s’endormir là-bas, tout au bout d’un autre continent, sans la douceur de madame Moun ?
Cette nuit-là, ni monsieur Moun ni madame Moun ne purent fermer les yeux. De son côté du lit, Monsieur Moun se tournait et se retournait dans les draps. De son autre côté du lit, madame Moun faisait de même, si bien qu’au lieu de la quiétude habituelle, le couple ne cessait de se donner des coups. « Aïe ! » s’écriait monsieur Moun. « Ouille ! » rétorquait madame Moun. Mais le sommeil ne venait pas pour autant.
Mais au petit matin, madame Moun se redressa dans le lit. « J’ai trouvé ! » s’exclama-t-elle avec fébrilité. Elle alluma la lumière et sauta dans ses chaussons. « Où vas-tu ? » demanda monsieur Moun, les yeux encore un peu embrumés par la nuit. « Je vais te fabriquer un doudou pour que tu ne sois pas seul pendant ton voyage ! » « Un doudou ? » Monsieur Moun s’assit sur le lit, profondément scandalisé. « Mais voyons, Line (c’est le petit nom de madame Moun, dans l’intimité), je ne suis plus un bébé ! J’ai passé l’âge de dormir avec un ours en peluche ! »
Mais madame Moun n’écoutait pas son mari. Elle était déjà en train de farfouiller dans les placards pour y chercher sa vieille machine à coudre poussiéreuse et y trouver du fil et du tissu. Le soleil se levait à peine sur la ville. Mais madame Moun, les lunettes tendues sur le bout de son nez, s’était déjà transformée en couturière appliquée. Pschuit, fit-elle en déchirant violemment un joli tissu rouge avec des fleurs et des chats noirs. Couitch, ajouta-t-elle en tournant fermement la canette de fil. Pic pic pic, continua-t-elle en appuyant fortement sur le pied de la pédale de la grosse machine à coudre. Sous ses doigts agiles, un petit chat noir prenait naissance. Il avait un regard fleuri, des moustaches malicieuses et un grand cœur rouge cousu sur le bas de son ventre noir.
Monsieur Moun, encore en pyjama, vint se pencher sur le travail de sa femme, le regard émerveillé. « Ne l’emplis pas trop avec le bourrage », murmura-t-il tandis que madame Moun enfouissait de coton le corps de tissu du chat noir. « Il faut que mon doudou puisse entrer dans mon sac ! »
Quelques heures plus tard, le doudou de monsieur Moun était prêt. Monsieur Moun le cala dans sa valise, entre ses dossiers importants et son ordinateur. Lorsque le chauffeur de taxi vint chercher monsieur Moun pour le mener à l’aéroport, madame Moun aperçut qui dépassait de la valise de son mari une petite patte rouge. Madame Moun était triste de voir partir son mari, mais elle sourit malgré tout. Grâce au Doudou Chat, elle savait qu’il ne pouvait rien arriver de grave à son mari. Dans les fils du doudou, elle avait dissimulé quelques uns de ses longs cheveux et, avec eux, tout l’amour qu’elle avait pu piquer au bout de son aiguille.
Le Doudou Chat de monsieur Moun remplit parfaitement son rôle. Lorsque monsieur Moun arriva dans sa chambre d’hôtel, là-bas, à Cape Town, à l’autre bout du monde, son premier geste fut de sortir son doudou du sac. Après une quinzaine d’heures de voyage, le tissu était tout froissé. Mais Doudou Chat avait le regard confiant et, monsieur Moun, fut tout de suite apaisé. Il poussa du lit le grand oreiller blanc, posa à sa place Doudou Chat et installa doucement sa tête sur celui-ci. Monsieur Moun s’endormit aussitôt, bercé par le doux parfum de madame Moun et caressé par le grand cœur rouge du doudou.
Le lendemain et tous les jours suivants, monsieur Moun était en grande forme à toutes à les réunions de son entreprise. Plein d’énergie et de vigueur, il participait avec enthousiasme à toutes les conférences et tous les congrès internationaux organisés par sa compagnie. Doudou Chat, chaque nuit, lui donnait la confiance dont il avait besoin pour affronter les longues journées de travail. Ses collègues, bien au contraire, semblaient chaque jour un peu plus taciturnes et abattus, comme s’ils avaient apporté avec eux là-bas, tout là-bas en Afrique du Sud, une demie tonne d’affliction et de tristesse.
Un soir, son collègue japonais, monsieur Yamatatokomayaki, vint frapper timidement à la porte de sa chambre d’hôtel. « Bonsoir, Moun-San ! », dit monsieur Yamatatokomayaki en s’excusant de déranger. Monsieur Yamatatokomayaki, gêné, ne savait pas comment aborder le sujet de sa visite. Enfin, après moult circonvolutions et formules de politesse, il finit par se lancer : « Excusez-moi, Monsieur Moun, mais je me demandais… comment faites-vous… enfin, comment faites-vous pour être aussi en forme alors que vous êtes dans un pays inconnu, loin de chez vous et de votre famille ? » Lui-même surpris par l’audace de sa question, monsieur Yamatatokomayaki rougit jusqu’aux oreilles et ponctua son interrogation d’une courbette qui le fit se pencher quasiment au niveau du tapis.
Monsieur Moun hésita. Devait-il révéler son secret ? Mais monsieur Yamatatokomayaki avait l’air si désemparé qu’il eut pitié de lui. « Venez, entrez ! », murmura monsieur Moun, en poussant son collègue dans sa chambre, non sans avoir vérifié à plusieurs reprises que personne ne les avait vus dans le couloir. Aussitôt dans la chambre, monsieur Yamatatokomayaki aperçut le Doudou Chat qui trônait sur le lit de monsieur Moun. « Voici le secret de ma réussite ! », s’exclama monsieur Moun en suivant le regard de son collègue nippon. « Ma femme m’a confectionné un doudou et, grâce à lui, je ne me sens jamais seul et je n’ai pas le mal du pays ! », expliqua-t-il. Monsieur Yamatatokomayaki laissa échapper un grand « Ahhhhhhhhhhh ! ». C’était un « Ahhhhhhhhh ! » à la fois de soulagement et d’émerveillement. Un « Ahhhhhhhhhhhh ! » un petit peu jaloux également.
Monsieur Yamatatokomayaki prit congé de monsieur Moun, après l’avoir remercié une bonne douzaine de fois. Il courut jusqu’à sa chambre, sortit de sa poche son téléphone portable et, sans se soucier du décalage horaire, téléphona à Tokyo, à sa femme. « Je veux un Doudou Nekko ! », commanda impérieusement monsieur Yamatatokomayaki, sans aucune formule d’entrée de politesse. « Un Doudou Nekko à moustaches et avec un cœur brodé sur le ventre… afin de pouvoir le câliner lorsque je serai loin de toi », ajouta-t-il avec un peu plus de douceur dans la voix.
Cette nuit-là, au 15e étage d’un building de Tokyo, madame Yamatatokomayaki sortit de derrière son futon sa petite machine à coudre. De l’autre côté de la cloison, malgré l’heure indue, les voisins entendirent un grand Pschuit lorsque madame Yamatatokomayaki déchira une vieille manche de kimono. Ce Pschuit fut suivi d’un discret Couitch lorsqu’elle tira d’une grosse bobine du fil couleur des cerisiers en fleurs, avant que de rythmés pic pic pic vinrent résonner dans la petite pièce. Quelques heures plus tard un Doudou Neko, version nippone du Doudou Chat, attendait dans un colis de la Poste, prêt à s’envoler loin, très loin, là-bas vers l’Afrique du Sud.
Les semaines passèrent. Monsieur Moun rentra en France et retrouva madame Moun et la douceur nocturne de sa chevelure. De son côté, monsieur Yamatatokomayaki rentra au Japon et retrouva madame Yamatatokomayaki et la tendresse délicate de ses mains. Quelque temps plus tard, lors d’un salon international qui avait lieu à Sidney, en Australie, monsieur Yamatatokomayaki rencontra monsieur Mac Gregor. Monsieur Mac Gregor, loin, si loin de son Écosse natale, était triste. « Mais comment faites-vous, monsieur Yamatatokomayaki, pour garder ainsi la forme, si loin de chez vous ? », demanda l’homme d’affaires écossais à l’homme d’affaires japonais. Monsieur Yamatatokomayaki sortit de son attaché-case son Doudou Nekko et lui révéla le secret du doudou cousu main. « Fantastic ! » s’écria monsieur Mac Gregor qui s’empressa de téléphoner à sa femme, malgré le décalage horaire, pour lui commander à son tour un Doudou Cat, cousu avec amour dans la chute d’un kilt écossais.
Les secrets, même les plus confidentiels, ne sont jamais bien gardés longtemps, c’est bien connu. Quelques jours plus tard, lors d’un congrès à Atlanta, aux États-Unis, monsieur Mac Gregor parla à monsieur Chi-Xanyi de son doudou secret et, aussitôt, sur un autre continent un Doudou Mao fut confectionné en urgence par madame Chi-Xanyi, à Beijin, dans un joli tissu chinois satiné. Une semaine plus tard, monsieur Chi-Xanyi, lors d’une conférence spéciale organisée à Sao Paulo, au Brésil, confia à sa collègue allemande, madame Helderberg, le secret de son doudou et, à aussitôt, à des milliers de kilomètres de là, à Berlin, monsieur Helderberg fut réveillé dans son premier sommeil par les ordres impérieux de sa femme qui lui commandait par voie téléphonique de se mettre aussitôt à la couture pour lui confectionner au plus vite un Doudou Kater salvateur. De scènes semblables ne tardèrent pas à se produire à tous les coins de la planète, chaque soir où avait lieu un congrès international dans une grande ville du monde. Ainsi, à quatre heures du matin, des Doudous Gatos furent cousus ardemment dans des chutes de robes de flamenco à Madrid, des Doudous Muus furent coupés diligemment dans du tissu chamarré de boubou africain à Dakar ou encore des Doudous Qit furent réalisés urgemment dans la soie colorée d’un tchador à Damas.
Quelques mois plus tard, les maîtres d’hôtels et les grooms des grands hôtels accueillant les hommes et femmes d’affaires internationaux firent tous le même constat : les valises de ces hommes en cravate et de ses femmes en tailleur strict étaient toutes légèrement plus bombées sur un des côtés, duquel dépassait parfois une patte ou une oreille de soierie ou de coton imprimé. La vérité, c’est que désormais tous les messieurs et toutes les dames voyageant pour affaires dans de grands congrès internationaux apportaient avec eux, dissimulé dans leurs bagages, leur doudou fétiche, confectionné avec amour et attention pour leur conjoint laissé à l’autre bout du monde. Par le jeu du bouche à oreille, c’est un peu comme si le Doudou Chat de monsieur Moun avait fait des petits et s’était reproduit à des milliers d’exemplaires, tous aussi originaux les uns que les autres, dans tous les coins du monde.
Depuis quelques temps, on raconte dans les journaux financiers que c’est la crise économique et que les bourses des grandes capitales mondiales sont en chute libre. « C’est la récession ! », murmurent discrètement les politiciens alarmistes. « C’est le crack boursier ! », ajoutent les économistes en prenant un air catastrophé. Chacun avance des explications en usant de termes économistes compliqués. Mais la vraie raison de cette désorganisation des marchés financiers est toute autre. Elle se cache en vérité dans les valises bombées des cadres en voyage d’affaires à l’autre bout du monde. En effet, l’autre jour, alors que je passais devant un grand hôtel parisien, j’ai aperçu par la fenêtre de la salle de conférence, bien sagement assis autour d’une table ronde, des Doudous Chats en réunion. Ils ne faisaient pas de bruit, parce que les doudous ne peuvent pas parler, tout le monde le sait. Mais ils semblaient concentrés, les pattes rivées sur les écrans d’ordinateur et les yeux accrochés à l’image ennuyeuse d’un document Power-Point avec des tas de chiffres et de graphiques de couleur. Dans la salle de réunion, aucune trace des hommes d’affaires. En revanche, je crois avoir croisé ceux-ci au café du coin, devant une triple portion de glace à la vanille pour certains, et derrière le tableau lumineux d’un flipper pour d’autres. Ces hommes et ces femmes d’affaires ne semblaient pas perturbés d’être si loin de chez eux. Ayant confié à leurs doudous cousus mains tous leurs soucis, ils paraissaient même drôlement détendus…
Je sais que les doudous sont des experts en câlins et en réconforts. Mais je doute un petit peu de leurs compétences en matière économique et financière. En tous les cas, de toute évidence, les doudous des maris font désormais le travail à leur place et gèrent pour eux les dossiers lourds et complexes. Puisqu’il en est ainsi, j’ai suggéré à madame Moun d’exiger de son mari qu’il lui fabrique à elle aussi un doudou qui saurait effectuer à sa place toutes les tâches ingrates, comme le ménage et le repassage, et qui lui permettrait de faire du shopping avec ses copines pendant que monsieur Moun est en voyage. Madame Moun a trouvé l’idée excellente.


7 commentaires:

Coralie colorie a dit…

Tu m'as beaucoup amusée avec ton histoire ! Je vais conseiller à ma maman de faire un doudou pour mon papa qui voyage beaucoup !!!

Geisha Line a dit…

Merci Coralie ! Tu verras, ton Papa ne pourra plus se passer de ses doudous (même s'il ne l'avouera pas, bien sûr !)
Ce matin, j'ai vu un monsieur Moun boucler sa valise avant de partir en voyage d'affaires. Dedans, il y avait une chemise, un pantalon... et toute une troupe de doudous ! Bientôt, tout ce petit monde n'arrivera plus à tenir dans la petite valise !

Anonyme a dit…

J'ai adoré cette histoire de doudous !
A méditer
http://bizoux2matine.canalblog.com

Geisha Line a dit…

Merci de ta visite... et à bientôt j'espère !

Cserháti Hajnalka, Ojni a dit…

Oh, que c'est beauuuuu! :)))
Bravo!!!

Anna ziliz a dit…

j'ai bien aimé cette histoire de doudou...c'est marrant car ça va loin quand même ! allez, on laisse le monde être dirigé par des doudous, ça sera plus doux ! je vote pour !

Geisha Line a dit…

Hé hé, il s'agit d'une histoire vraie ! Doudou Chat existe vraiment et a voyagé jusqu'en Afrique du Sud ! (Presque) aucun élément de l'histoire n'a été inventé !