lundi 5 juillet 2010

"J'étais ailleurs"

La littérature (même jeunesse, mais si mais si !) permet des expériences particulières. L’autre soir, j’ouvre l’album d’Alex Cousseau et Kitty Crowther, Dans moi, aux éditions MeMo. Mes doigts restent scotchés à l’ouvrage : à chaque page, j’ai l’impression de lire un texte que j’ai écrit. Je veux dire que j’aurais pu écrire, ou plutôt que j’écris depuis des années au fond de moi… mais sans pourtant trouver exactement les mots appropriés pour décrire l’exact sentiment. Et ces mots, voilà que je les retrouve, exactement à leur place, dans le texte d’Alex Cousseau ! Un autre que moi a su dire une expérience que je croyais n’appartenir qu’à moi… comme c’est troublant !

« Avant d’être moi, je n’étais pas dans moi. J’étais ailleurs. » C’est ainsi que commence l’album. Phrases métaphysiques en apparence, qui traduisent en fait l’expérience toute bête de la conscience qui n’est pas encore venue à elle-même, qui n’est pas encore vraiment accomplie. Le narrateur est un peu perdu. Il ne sait pas encore très bien qui il est, ni où il va. Cela lui fait un peu peur, toute cette incertitude. Il s’aperçoit surtout qu’en lui il y a un ogre qui paraît invincible : un ogre énorme qui prend toute la place et qui ne lui laisse pas la possibilité de s’exprimer. Comment faire pour le combattre ? Comment réussir à apprivoiser cet étranger en soi et pouvoir enfin trouver sa voix ? Le narrateur va tout faire pour parvenir à être « le roi dans moi » afin de pouvoir « décider des choses impossibles ».
(c) Editions MeMo, 2007.

Cette lutte contre l’autre en moi est exprimée à travers des mots limpides et sublimée par les dessins de Kitty Crowther. Ceux-ci , au crayon de couleurs, ont quelque chose de simple, voire d’un peu enfantin et donnent vie aux mondes inachevés et incertains du cauchemar et des monstres intérieurs. La forte présence de la couleur rouge – qui évoque le sang, la souffrance – a quelque chose d’un peu terrifiant, et traduit à merveille la somme des peurs qui se cachent au fond de soi.
Bien sûr, le narrateur va réussir à trouver le chemin jusqu’à soi. En affrontant l’ogre. En osant faire mourir un peu de lui-même… pour renaître plus grand, plus fort !
Parfois on me dit : « Comme c’est bizarre [sous-entendu suspect], vous êtes passée de la philosophie à la littérature pour enfants ! Les deux mondes sont pourtant si éloignés ! ». Cet album prouve que ceux qui disent ça n’y comprennent rien ! Alex Cousseau / Kitty Crowther et Friedrich Hegel, même combat ! Dans moi retrace en effet l’expérience décrite avec des mots compliqués et apparemment inaccessibles de la Phénoménologie de l’esprit. Mais au lieu des concepts, il y a les images ; au lieu des notions philosophiques, il y a les dessins. La métaphore poétique aussi puissante que le verbe métaphysique, n’est-ce pas quand même absolument génial ?
Bon, bon, bon, je m’emballe ! Mais lisez Dans moi et revenez me dire ce que vous en pensez !
Dans moi
Alex Cousseau
Kitty Crowther
Editions MeMo
2007
  • Une critique dans du9

6 commentaires:

Hajnalka Cserháti, Ojni a dit…

Nous sommesd'accord! Totalement! Je devrai déjá écrire une liste avec les livres que je voudrais lire et avoir pour Montreuil... elle sera trééés longue.
Merci pour cette présentation!Et pour ton message aussi. :) ;)

agnès a dit…

Geisha line, à cause de toi, je crois que je vais encore m'acheter ce livre!

halala...

Donc, je reviendrai te dire ce que j'en ai pensé! :-)

Manola a dit…

Je viens te laisser un petit coucou! :) tu vas bien? Je reviens quelque fois hein! Je t'ai pas oublié! J'aime tes presentations de livres... ça donne beaucoup d'envie à les lire! :) gros bisous

charlotteb a dit…

je l'aime cet album... c'est l'histoire de chacun, de tous, il est sur ma table de nuit et quand je peine, je le relis pour me redonner envie de continuer à me battre contre cet étranger ! je l'offre bcp)

Sandrine a dit…

Moi aussi, j'ai ressenti la même chose en lisant cet album ! Et les illustrations sont superbes... En tout cas, je l'ai dans ma bibliothèque depuis quelques mois déjà et je ne m'en lasse pas.

Vanessa a dit…

Magnifique billet sur un magnifique livre!