lundi 7 décembre 2009

Dérouler le fil rouge

Il y a peu de temps, j'ai écrit un texte sur l'attente. Quelques jours après, au salon du livre de Montreuil, je tombe sur ce joli album de Davide Cali, illustré par Serge Bloch, aux éditions Sarbacane : Moi, j'attends. Ah, mon idée (que j'ai eu l'outrecuidance de trouver originale) est déjà exploitée, me suis-je d'abord exclamée, dépitée ! En fait, pas tout à fait (ouf !). Mon texte parle de l'attente d'un enfant. L'album de Davide Cali traite de l'attente dans une perspective beaucoup plus large, à l'échelle d'une vie entière.
(c) Sarbacane

Moi, j'attends est un très beau livre. Pas étonnant qu'il ait reçu le Prix Baobab 2005 du meilleur album du salon de Montreuil. Les mots de Davide Cali sont d'une grande simplicité. Le texte commence à l'enfance et se déroule tout au long du fil rouge de la vie. J'attends, tu attends, nous attendons tous. J'attends un bisou avant de dormir, le début du film, le sifflet du chef du gare... Petit à petit, les années passent, le personnage, qui était enfant dans les premières pages, grandit, devient adulte. Mais toujours l'attente est là, qui le renvoie au lendemain, toujours dans la tension vers cet ailleurs qui va arriver. Le constat est simple : tous, nous passons notre vie à attendre.

La simplicité du texte est appuyée par une invention graphique excellente : les personnages sont suggérés par des dessins au trait dans lesquels vient se tisser un fil de laine rouge, avec une réelle épaisseur dans la texture. Le fil rouge apparaît sur toutes les pages, chaque fois dans un usage ou avec une forme différents. Le format allongé à l'italienne amplifie cet effet de lien entre les pages. Au fond, ce qui fait le lien de notre vie et de tous les moments que nous traversons, c'est ce fil rouge sur lequel prend équilibre l'attente et qui, toujours, nous guide vers le lendemain.


(c) Sarbacane

Il y a dans cet album une grande émotion qui surgit entre les pages grâce à cette capacité de saisir en quelques mots, en quelques traits (noirs et rouges) l'étendue d'une vie qui pourrait être celle de chacun d'entre nous. Et en même temps, j'ai refermé le livre avec une certaine gêne. Qu'y a-t-il au bout de l'attente ? Nous le savons tous, nous, adultes. Un hôpital, un cercueil, de la tristesse - la mort. Même s'il s'adresse à des enfants, Davide Cali n'édulcore pas cette vérité. Il y a là une force et une audace que je salue (et au bout de laquelle je n'aurais jamais oser aller moi-même dans ce genre de texte). Cette vérité-là nous fait mal. Mais au fond les enfants ont peut-être aussi le droit de la connaître, à partir du moment où on sait trouver les mots et les images pour la transmettre ?
(c) Sarbacane

"Si tu veux savoir comment est arrivé le livre : je faisais la queue au bureau postal et j’ai commencé à penser à tous les choses que l’on attend dans la vie. Quand je suis rentré chez moi j’ai réalisé que peut être j’avais l’idée pour un nouveau album : je me suis assis à l’ordinateur et j’ai écrit une liste. Puis j’ai donné un ordre à cette liste, à partir de ce qu’on attend dans l’enfance et j’ai continué. Quand je suis arrivé à la mort, j’ai compris que c’était le livre que j’avais besoin d’écrire depuis longtemps."
Davide Cali, entretien sur Ricochet.



Moi, j'attends
David Cali
Serge Bloch
Editions Sarbacane
2005

7 commentaires:

Bénédicte a dit…

Je ne connaissais pas mais cela a l'air très beau ... et cela ne t'empéche pas de continuer ton projet ton histoire ! Heureusement qu'on peut écrire différentes histoires sur un même thème :)

Anonyme a dit…

Ce livre fait partie de ma bibliothèque et j'ai beaucoup de plaisir à le lire à mes enfants car il raconte la vie . Tu en parles bien.

martín a dit…

genial!

Charliepjoe a dit…

Geisha line,
It's was my pleasure to meet you. I would be glad to see you soon. So, hasta luego in mars !
PS : Que de bons conseils et de nots intéressantes, par ailleurs, sur ton blog.
Je crois
que j'vA
revenir de temps en temps...

Séverine Vidal a dit…

Tu ne l'attendais pas, la voilà : ta médaille en chocolat sur mon blog (si t'as faim de ça)...

Alice a dit…

Je suis heureuse que tu parles de ce livre... C'est peut-être mon préféré. Chaque fois que je le lis, je pleure et ça fait mourir de rire mes enfants ^^

Isobel Miolk a dit…

Merci de partager cette découverte qui semble assez essentielle à toute bonne bibliothèque. Je découvre ton blog avec beaucoup de plaisir